Enfants confiés à des proches : comment garantir leurs droits et leur bien-être ?

Au Bénin, confier un enfant à un membre de la famille ou à un proche est une pratique ancienne, souvent fondée sur la solidarité. Une tante accueille sa nièce, une grand-mère élève son petit-fils, un frère prend en charge les enfants d’un parent décédé ou parti travailler ailleurs. 

Dans bien des cas, cette solidarité familiale permet à l’enfant de poursuivre sa scolarité et de grandir dans un environnement protecteur. Mais lorsque les responsabilités ne sont pas clairement définies ou que l’enfant devient une simple aide pour le ménage, le placement familial informel peut aussi exposer à des risques comme l’exploitation domestique, la déscolarisation ou la discrimination par rapport aux enfants biologiques du foyer.

Dans certaines familles, accueillir un enfant d’un proche est considéré comme un devoir moral. Une tante peut prendre en charge sa nièce parce que les parents connaissent des difficultés financières. Une grand-mère peut devenir la principale personne responsable de ses petits-enfants. Un autre proche peut accueillir un enfant dont les parents sont décédés. 

Pour l’enfant, ce changement peut toutefois être difficile. Il quitte parfois ses parents, son quartier, ses amis et son environnement scolaire. Même lorsqu’il est accueilli avec affection, il peut ressentir une forme de rupture. « Quand je suis arrivée chez ma tante, je pensais que j’allais rester quelques semaines. Finalement, j’y suis restée plusieurs années. Ce qui me manquait le plus, c’était de pouvoir parler librement avec ma mère », raconte une adolescente. 

Ce témoignage souligne l’importance de prendre en compte la parole de l’enfant. Le fait de vivre chez un proche ne retire pas à l’enfant ses droits fondamentaux. Il conserve notamment son droit à l’éducation, à la santé, à la protection contre les violences et l’exploitation, à une alimentation suffisante, à une identité et à un environnement favorable à son développement. 

« L’enfant peut être considéré comme un membre de la famille lorsqu’il s’agit de partager les responsabilités, mais comme un domestique lorsqu’il faut accomplir les tâches », déplore Mathias Akpali, responsable d’une association de défense des droits des enfants Cette ambiguïté peut créer des situations de vulnérabilité.

L’école comme premier indicateur…

L’école peut jouer un rôle de sentinelle. Un enfant régulièrement absent, épuisé, mal habillé, affamé ou en retard dans ses apprentissages peut être confronté à des difficultés dans son foyer d’accueil. Les enseignants sont alors parmi les premiers adultes susceptibles d’identifier une situation préoccupante. 

Un enseignant qui a requis l’anonymat raconte avoir remarqué au cours de l’année scolaire dernière qu’une élève, autrefois très assidue, arrivait régulièrement en retard. Les échanges avec elle ont permis de comprendre qu’elle devait effectuer de nombreuses tâches ménagères avant de se rendre à l’école. 

Dans de telles situations, l’objectif ne doit pas être de condamner automatiquement la famille d’accueil mais de comprendre la situation et d’intervenir pour protéger l’enfant. L’accueil chez un proche peut être une expérience positive lorsqu’il existe de l’affection, de la stabilité et des règles claires. Mais lorsque l’enfant se sent différent des autres membres du foyer, les conséquences peuvent être importantes. 

Il peut développer un sentiment d’abandon, une faible estime de soi ou la conviction d’être moins important que les enfants biologiques de la famille. « L’enfant a besoin de savoir qu’il n’est pas simplement hébergé. Il doit sentir qu’il compte, qu’il est écouté et que son avenir importe aux adultes qui l’entourent », explique un psychologue.

La santé et l’alimentation ne doivent pas être négligées…

Le médecin peut également détecter des signes de négligence comme le retard de croissance, la fatigue chronique, les problèmes d’hygiène ou les maladies non prises en charge. Les familles qui accueillent un enfant peuvent parfois être confrontées à des difficultés financières réelles. 

La solidarité familiale ne doit donc pas être remplacée par la culpabilisation. Il faut plutôt renforcer les mécanismes d’accompagnement social. Confier un enfant ne signifie pas nécessairement abandonner toute responsabilité. Lorsque cela est possible et dans l’intérêt de l’enfant, les parents biologiques doivent maintenir un lien affectif et suivre son évolution scolaire, sanitaire et psychologique. 

Dans les sociétés où la famille élargie constitue un important filet de solidarité, l’enfant est rarement considéré comme appartenant exclusivement au couple parental. Mais cette tradition doit évoluer avec les réalités contemporaines.

Que peuvent faire les pouvoirs publics ?

Les pouvoirs publics et les services sociaux doivent pouvoir identifier les situations les plus vulnérables, renforcer les mécanismes communautaires de protection et sensibiliser les familles sur les droits de l’enfant. Accueillir l’enfant d’un proche doit être un acte de solidarité pas une opportunité d’exploitation. 

Le premier critère doit toujours être son intérêt, sa sécurité, son alimentation, sa santé, son éducation, son affection, sa stabilité et le respect de sa dignité. L’enfant confié n’est ni un domestique, ni une main-d’œuvre gratuite, ni un membre de la famille de seconde catégorie. Il est d’abord un enfant titulaire de droits. 

De ce point de vue, garantir son bien-être suppose donc de transformer la solidarité familiale en véritable environnement protecteur, où les responsabilités des adultes sont claires et où la parole de l’enfant compte réellement.