Enfants et mendicité urbaine : survivre dans la rue

Aux carrefours, aux abords des marchés ou devant les lieux de culte, ils sont nombreux ces enfants qui tendent la main pour quelques pièces. Dans les grandes villes béninoises comme Cotonou, Porto-Novo ou Parakou, la mendicité infantile est devenue une réalité visible et préoccupante. Derrière ces visages d’enfants se cachent des histoires de pauvreté, de migration familiale, parfois d’exploitation organisée. Comment ces mineurs se retrouvent-ils dans la rue ? Et surtout, quelles réponses pour les protéger ? Les précisions dans cet article.

À certains carrefours très fréquentés de Cotonou, la scène est presque devenue banale. Des enfants, parfois âgés de moins de dix ans, circulent entre les véhicules arrêtés au feu rouge pour solliciter quelques pièces auprès des automobilistes. D’autres sillonnent les marchés ou les quartiers résidentiels avec des bols à la main. 

Pour beaucoup d’observateurs, cette situation est le reflet d’une pauvreté persistante dans certains milieux. Selon le sociologue de formation Maurice ANAGO, spécialiste des questions sociales, la mendicité infantile est souvent la conséquence directe de difficultés économiques au sein des familles. « Lorsque les parents peinent à assurer les besoins essentiels du ménage, certains enfants sont poussés vers la rue pour contribuer à la survie familiale », explique-t-il.

Mais au-delà de la pauvreté, plusieurs organisations de protection de l’enfance dénoncent aussi l’existence de formes d’exploitation. Dans certains cas, des enfants sont confiés à des adultes qui les utilisent pour mendier. Ces pratiques, proches de la traite d’enfants, exposent les mineurs à de nombreux dangers comme les violences, les accidents de circulation, l’exploitation et la déscolarisation. 

Pour l’assistante sociale, Marie MONNOU, la rue représente un environnement particulièrement hostile. « Un enfant qui grandit dans la rue perd progressivement ses repères éducatifs et sociaux. Il est plus exposé aux drogues, à la délinquance et aux abus de toutes sortes », souligne-t-elle.

Les conséquences peuvent être durables. Privés d’éducation et de protection, ces enfants risquent de rester enfermés dans un cycle de pauvreté. Face à cette situation, plusieurs initiatives existent. Des Organisations non gouvernementales locales organisent des programmes de réinsertion scolaire et de prise en charge psychosociale pour ces enfants. 

Certaines structures mettent également en place des centres d’accueil où les enfants peuvent recevoir un accompagnement éducatif et social. Mais pour les spécialistes, la solution passe surtout par une approche globale. Elle doit inclure la lutte contre la pauvreté, le renforcement des mécanismes de protection de l’enfance et la sensibilisation des familles. Car derrière chaque enfant qui mendie se cache une histoire mais aussi un avenir qui mérite d’être protégé.