Consommation de produits sucrés et risques d’obésité infantile : urgence d’un état des lieux au Bénin
Au Bénin, comme dans de nombreux pays du monde, la consommation croissante de produits sucrés et ultra-transformés chez les enfants soulève des inquiétudes tant du côté des familles que des autorités sanitaires.
Si l’attention publique s’est longtemps portée sur la sous-nutrition, une transition nutritionnelle silencieuse s’opère, accentuant les risques d’obésité et de maladies chroniques chez les plus jeunes. L’enjeu, protéger la santé des enfants béninois dans un contexte de mutation des habitudes alimentaires.
Pendant des décennies, le défi nutritionnel au Bénin a surtout été associé à la sous-nutrition. Pourtant, les données récentes montrent que le surpoids et l’obésité, même modestes, commencent à émerger chez les enfants, en particulier dans les zones urbaines.
Selon les statistiques, environ 1,9 % des enfants de moins de cinq ans présentent un surpoids, un chiffre qui peut sembler faible mais qui reflète une tendance croissante vers des régimes plus riches en calories et en sucres ajoutés.
Dans les pays à revenu faible et intermédiaire, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et ses partenaires observent une double charge de la malnutrition à savoir, la coexistence de l’insuffisance pondérale et du surpoids/obésité au sein de la même population. Ce phénomène est souvent lié à l’accès limité à des aliments nutritifs combiné à une exposition accrue aux aliments transformés, riches en sucre, gras et sel.
L’une des principales préoccupations est la place croissante des produits sucrés dans l’alimentation des enfants béninois. Les boissons sucrées, les bonbons, les biscuits industriels et même certaines céréales petit-déjeuner sont consommés régulièrement par de nombreux enfants.
Ces sucres ajoutés représentent des calories vides, c’est-à-dire des calories sans apports significatifs en fibres, vitamines ou minéraux essentiels. Lorsqu’ils sont consommés en excès, ils provoquent des pics d’insuline et augmentent l’appétit, favorisant un stockage plus rapide des graisses corporelles.
Ces mécanismes physiologiques sont particulièrement préoccupants chez les enfants, dont les organismes se développent et dont les habitudes alimentaires se construisent tôt.
L’obésité et le surpoids ne sont pas uniquement des marques extérieures. Ils prédisposent à une série de maladies non transmissibles (MNT), telles que le diabète de type 2 de plus en plus diagnostiqué chez les jeunes, avec des cas sévères observés à l’adolescence, les maladies cardiovasculaires – l’excès de graisse corporelle favorise l’hypertension et le déséquilibre lipidique ainsi que les troubles métaboliques avec des conséquences à long terme sur la santé physique et mentale.
Au Bénin, les facteurs de risque de ces maladies chez l’ensemble de la population sont déjà considérés comme prioritaires par le ministère de la Santé et l’OMS, incluant la mauvaise alimentation et la sédentarité. Chez l’enfant, ces risques peuvent se manifester tôt et suivre l’individu jusqu’à l’âge adulte, réduisant l’espérance de vie et augmentant les dépenses de santé.
À Cotonou, dans les quartiers périphériques où les supermarchés et boutiques vendent à profusion des boissons sucrées, des parents comme Aïssata confient observer une transformation des habitudes alimentaires de leurs enfants. « Avant, mon fils mangeait surtout du riz, des légumes et des fruits. Maintenant il veut des biscuits que ses camarades achètent après l’école ». Ce type de témoignage illustre la pression sociale et économique qui encourage la consommation d’aliments sucrés, souvent moins coûteux et plus accessibles que des repas équilibrés.
Les experts recommandent de réduire drastiquement les boissons sucrées, les bonbons, les biscuits industriels chez les enfants. Ces produits ne doivent pas faire partie de l’alimentation quotidienne. Encourager la consommation d’aliments traditionnels béninois nutritifs tels que l’attiéké, le manioc, les légumes feuilles, les fruits locaux.
Ce qui permet de fournir des nutriments essentiels sans excès de sucre. Les écoles doivent adopter des politiques alimentaires plus saines, limiter la vente de produits sucrés dans les cantines et sensibiliser les élèves et les parents à l’importance d’un régime équilibré. Il est nécessaire d’encourager les jeux en plein air, le sport à l’école et limiter le temps passé devant les écrans qui sont des mesures efficaces.
Au Bénin, la transition nutritionnelle qui accompagne l’urbanisation et la globalisation des régimes alimentaires expose progressivement les enfants aux risques d’obésité. Si les données nationales montrent encore une prévalence relativement basse comparée à certaines régions du monde, le contexte évolue vite. Le défi consiste à anticiper cette évolution en combinant éducation, politiques publiques, pratiques familiales responsables et promotion d’une alimentation saine.