Intégration des enfants en situation de handicap dans le système éducatif
Au Bénin, la scolarisation des enfants en situation de handicap est au cœur des politiques éducatives depuis plusieurs années. Appuyé par une législation protectrice et par la ratification de conventions internationales, le Bénin œuvre pour une école réellement inclusive.
Des classes adaptées avec la formation des enseignants, des appuis financiers et des partenariats avec les Organisations non gouvernementales se multiplient. Mais sur le terrain, des obstacles demeurent comme les préjugés sociaux, les ressources limitées. Tour d’horizon d’un chantier essentiel pour garantir le droit fondamental à l’éducation de tous les enfants.
La Constitution béninoise proclame l’égalité d’accès à l’instruction. Le Bénin a également ratifié la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées et la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, confirmant son engagement à offrir une éducation inclusive.
En 2017, le gouvernement a adopté la Politique nationale de protection et d’intégration des personnes handicapées, qui insiste sur l’accès à l’éducation et la formation professionnelle. Ces textes établissent que tout enfant, quelle que soit sa déficience, doit pouvoir apprendre dans un environnement adapté.
Dans plusieurs communes, des classes intégrées permettent désormais à des élèves aveugles, malentendants ou à mobilité réduite de suivre les cours ordinaires, tout en bénéficiant d’un accompagnement spécialisé. À Cotonou, l’École Colombe Hibiscus, école maternelle et primaire intégrant une éducation inclusive pour les enfants handicapés accueille chaque année une centaine d’enfants présentant des handicaps variés, en partenariat avec des associations locales.
Le ministère des Enseignements maternel et primaire a aussi introduit la formation initiale à l’éducation inclusive dans les Écoles normales d’instituteurs, afin que les enseignants acquièrent des compétences pour identifier les besoins spécifiques et adapter leurs méthodes pédagogiques.
« L’inclusion n’est pas seulement un droit, c’est une richesse pour toute la classe car elle apprend la tolérance et le respect de la différence », explique Henriette TOUPE, formatrice en pédagogie spécialisée.
Dans la pratique, plusieurs organisations jouent un rôle moteur. Elles financent la construction de rampes d’accès, fournissent du matériel en braille ou des prothèses auditives, et sensibilisent les communautés.
A Parakou, le Projet éducation inclusive des enfants handicapés lancé en 2022 et mis en œuvre par GFA consulting group avec l’appui financier de la Coopération Suisse à travers le Fonds de Soutien aux Initiatives de Redevabilité (Fosir) phase 2, a permis d’équiper plusieurs écoles publiques de matériels adaptés et d’organiser des clubs de pairs éducateurs pour favoriser l’entraide entre élèves.
Benoît, père d’un garçon malentendant scolarisé raconte. « Il y a dix ans, il aurait été exclu. Aujourd’hui, grâce à un enseignant formé et à un interprète en langue des signes, il suit la même classe que ses camarades ».
A en croire, l’assistante sociale « l’intégration est en progrès, mais le nombre d’enseignants formés reste insuffisant. Sans renforcement budgétaire, beaucoup d’enfants handicapés restent encore hors du système scolaire ».
Malgré les avancées, des enfants handicapés au Bénin n’achèvent pas le primaire. Les causes sont multiples et dues à une infrastructure inadaptée comme l’absence de rampes, de toilettes accessibles ou de signalétique, le manque de matériel pédagogique tels que des livres en braille, des ordinateurs adaptés, des préjugés et la stigmatisation sans oublier les ressources financières limitées, qui freinent l’embauche d’enseignants spécialisés.
Le professeur Éric ZINSOU, spécialiste en sciences de l’éducation souligne que « nous devons passer d’initiatives ponctuelles à une véritable politique budgétisée. L’inclusion scolaire ne peut reposer seulement sur les ONG ».
Le gouvernement a identifié plusieurs priorités à savoir augmenter le financement de l’éducation inclusive dans le budget national, multiplier les écoles pilotes et étendre les classes intégrées dans chaque département, former en continu les enseignants à la pédagogie différenciée et à la langue des signes et surtout impliquer davantage les collectivités locales et les associations de parents d’élèves pour combattre les préjugés.
Le Bénin a franchi des étapes notables vers une école. Mais l’intégration complète des enfants en situation de handicap reste un chantier de longue haleine. Pour atteindre l’objectif d’une éducation pour tous, il faudra renforcer les investissements, former davantage de personnels spécialisés et poursuivre la lutte contre la stigmatisation.