L’enfant et la citoyenneté : à quel âge apprend-on à devenir citoyen ?

La citoyenneté n’est pas qu’une affaire d’élections ou de carte d’identité, elle s’inculque dès le plus jeune âge. Pourtant, entre un enseignement civique souvent théorique et des modèles sociaux parfois contradictoires, de nombreux enfants grandissent au Bénin sans véritablement comprendre leurs droits et leurs devoirs.

Dans une école publique de Cadjèhoun, pendant ces cours de vacances, l’enseignant interroge et demande « qui peut me dire ce que signifie respecter le drapeau ? ». Dans la classe, seuls quelques doigts se lèvent timidement. Le programme d’instruction civique est introduit dès le primaire mais reste limité par des méthodes trop théoriques. « On récite plus qu’on ne pratique », regrette Éric Dossa, instituteur. 

Les enfants connaissent les symboles de la République, mais peinent à relier ces notions à leur quotidien. La citoyenneté s’apprend aussi hors de l’école. Dans les quartiers, des initiatives comme les clubs de salubrité ou les associations de jeunes inculquent la propreté, la participation et l’entraide. Mais la transmission familiale reste inégale. « Certains parents n’expliquent pas l’importance du vote ou du respect des biens publics », déplore Mireille TOHOUE, éducatrice.

Des exemples qui marquent les esprits…

Certains enfants participent chaque mois à des séances de reboisement et à des journées sans plastique organisées par la mairie. « Quand ils voient les aînés jeter les sachets partout, ils comprennent que l’exemplarité est la meilleure leçon », confie le chef quartier. 

Les réseaux sociaux bouleversent aussi la perception car les jeunes s’informent, débattent et s’engagent plus tôt, mais parfois sans cadre civique solide. « Il faut leur donner les outils pour distinguer l’activisme de la responsabilité citoyenne », avertit l’analyste politique Damien AHOUANDOKO. 

Pour que les enfants d’aujourd’hui deviennent des citoyens conscients demain, le Bénin doit conjuguer réformes scolaires, actions communautaires et exemples concrets. Car la citoyenneté, ici, commence dès l’enfance.

Clubs, conseils et vie associative…

Dans plusieurs communes, des clubs et des parlements d’enfants offrent un terrain d’exercice à savoir la prise de parole, le vote, la rédaction de motions, le dialogue avec la mairie ou l’école. Aïcha, 14 ans, élue déléguée dans un collège témoigne avoir réussi à obtenir des poubelles supplémentaires et un point d’eau réparé. 

L’engagement devient utile quand il produit un résultat concret, même modeste. Les associations de jeunesse et les paroisses et mosquées organisent des campagnes citoyennes. Ces expériences créent des habitudes publiques qui compteront plus tard.

Citoyenneté numérique…

La citoyenneté se joue aussi sur téléphone. « Très tôt, les enfants partagent, commentent, imitent. Il faut apprendre le doute, la vérification, la courtoisie en ligne », insiste un rédacteur web. Des ateliers simples comme identifier la source d’une information, distinguer rumeur et fait, demander l’autorisation avant de filmer, réduisent le cyberharcèlement et les conflits importés en classe depuis les réseaux sociaux.