Les enfants témoins de violences conjugales : impact psychologique et accompagnement
Aïcha, 9 ans, refuse depuis plusieurs mois de dormir seule. Quand ses parents se disputent, elle se blottit sous la couverture et fait des cauchemars. Cette situation illustre des réactions fréquentes chez l’enfant exposé à la violence conjugale.
En effet, les manifestations sont polymorphes à savoir, les troubles du sommeil, les cauchemars, l’énurésie, les troubles de l’attachement chez les plus jeunes ; l’anxiété, la dépression, le repli social, les difficultés scolaires et les comportements agressifs chez les plus âgés.
À l’adolescence, l’exposition chronique augmente le risque de consumation de substances, de délinquance ou de reproduction du schéma violent dans les relations amoureuses futures. « L’enfant interprète la maison comme un lieu dangereux et imprévisible », explique le sociologue Parfait VIKOU.
Les experts soulignent aussi l’importance de la proximité. Plus l’enfant est proche des scènes, plus le traumatisme est profond. Même l’exposition indirecte peut générer culpabilité et honte, deux émotions toxiques quand elles restent non traitées.
On note des troubles scolaires, de symptômes de comportements de protection, de risque de reproduction. Face à ces faits, les spécialistes recommandent une prise en charge multi-sectorielle. Séfiath BACHABI, assistante sociale, insiste sur la nécessité d’un parcours coordonné.
« L’intervention isolée d’un seul secteur ne suffit pas. Il faut que la santé, le social, l’école et la justice parlent entre eux et partagent des informations dans l’intérêt de l’enfant ». De même, les spécialistes proposent des pistes concrètes et déjà éprouvées à l’instar du repérage systématique à l’école, de l’évaluation psychosociale précoce. Il s’agit notamment des thérapies centrées sur le traumatisme, du soutien parental et sécurité, des actions scolaires et communautaires ainsi que la coordination avec le système judiciaire
Les professionnels citent plusieurs obstacles liés au manque de ressources humaines formées en santé mentale infantile, à la stigmatisation des troubles psychiques, à la réticence des familles en portant plainte et à la faiblesse des liens interinstitutionnels. Pour pallier ces limites, les pistes proposées sont pragmatiques avec notamment, les formations ciblées pour les enseignants et les agents sociaux, la création de cellules pluridisciplinaires dans les centres de santé et les campagnes de sensibilisation pour briser la stigmatisation autour des soins psychologiques.
Des évolutions montrent que, lorsqu’ils sont rapidement repérés et correctement pris en charge, les enfants exposés peuvent retrouver des trajectoires positives. Les violences conjugales n’endommagent pas seulement les adultes. Elles laissent des traces profondes dans l’avenir social des enfants et dans.
Comme le rappelle le sociologue Ange DANDJINOU, « protéger l’enfant, c’est investir dans la stabilité de la société ». La réponse exige du courage politique, des moyens et surtout une coordination entre les écoles, la santé, la justice et les acteurs communautaires. Chaque signalement, chaque consultation et chaque écoute comptent véritablement pour éviter que la souffrance d’aujourd’hui ne devienne la violence de demain.