Les enfants nés hors mariage : regards sociaux et réalités vécues

Être enfant né hors mariage au Bénin reste, pour beaucoup, synonyme de stigmatisation. Face aux jugements des familles, les lourdeurs coutumières et les discriminations implicites, ces enfants affrontent des obstacles dès leur naissance. Pourtant, la société béninoise évolue et les réalités se diversifient comme les familles recomposées, les unions libres et la reconnaissance légale. 

Au Bénin, ces histoires racontent un combat pour la dignité et l’égalité. Historiquement, les enfants nés hors mariage étaient souvent marginalisés, exclus des héritages ou considérés comme des étrangers dans la famille paternelle. Si le Code des Personnes et de la Famille béninois leur accorde aujourd’hui les mêmes droits que les autres enfants, les mentalités n’ont pas suivi partout. 

Cependant, les représentations sociales autour de la naissance hors mariage varient selon les régions, les confessions, les familles. Dans certaines communautés, la sanction symbolique pèse surtout sur la mère ; ailleurs, la grand-mère devient le pivot, assumant la garde pendant que la mère travaille. 

Un sociologue de l’Université d’Abomey-Calavi rappelle que « l’important n’est pas la configuration familiale en soi mais la stabilité et la qualité des liens. Les enfants s’épanouissent là où les adultes coopèrent », a-t-il indiqué.

Des leviers importants…

Sur le plan juridique, des professionnels du droit insistent sur trois leviers importants à savoir la reconnaissance et la filiation matérialisées par l’acte de naissance et, le cas échéant, la reconnaissance paternelle sécurisent les droits, la pension alimentaire à travers des ordonnances qui peuvent la fixer sans oublier la garde et l’autorité parentale afin de privilégier des accords amiables encadrés, pour éviter des conflits qui détruisent l’enfant.

Le poids du regard communautaire…

« Dans les villages, c’est souvent la mère qui porte la honte », explique l’assistante sociale. « On l’accuse d’avoir sali l’honneur de la famille et l’enfant devient le symbole d’une faute ». Ce fardeau psychologique affecte la construction identitaire de nombreux enfants. Dans les grandes villes, l’urbanisation et la diversification des modes de vie réduisent peu à peu la stigmatisation. 

« Aujourd’hui, il est plus fréquent de voir des couples non mariés assumer pleinement leur parentalité », note le sociologue André KPELOU. Néanmoins, les inégalités persistent et dues aux difficultés d’héritage, aux conflits familiaux, et parfois, au rejet pur et simple. Des organisations sensibilisent les communautés et accompagnent juridiquement les mères pour la reconnaissance des enfants. 

Les campagnes médiatiques et les émissions radiophoniques locales participent à faire évoluer les mentalités, notamment chez les jeunes générations. Pour Mireille et son fils, la clé reste la solidarité. « Je lui apprends qu’il n’a pas à rougir de sa naissance. Son avenir dépendra de ce qu’il fait, pas de ce que disent les autres », a-t-elle déclaré.