Grandir sans parents : parcours d’enfants orphelins ou abandonnés
Grandir sans la chaleur d’un foyer parental demeure un défi de taille pour plusieurs enfants au Bénin. Qu’ils aient perdu leurs parents ou aient été abandonnés, ces jeunes bâtissent leur avenir dans un environnement souvent hostile, entre manque d’affection et précarité économique.
Derrière les statistiques se cachent des destins poignants, des combats silencieux et des initiatives courageuses pour redonner espoir. Le décès des parents, les séparations familiales et la pauvreté extrême constituent les principales causes de l’abandon. Dans certaines zones, la migration économique des parents laisse des enfants sans encadrement.
Parfois, les croyances sociales accentuent le rejet à l’instar des enfants accusés de sorcellerie ou perçus comme porte-malheur qui sont écartés de leur foyer. Adélia, 13 ans, se souvient du jour où sa mère l’a confiée à une tante, avant de disparaître. Depuis, son enfance s’est construite entre les services domestiques et la privation d’école.
« Je voulais devenir infirmière, mais je dois d’abord aider ici », murmure-t-elle. Son cas n’est pas isolé. Selon les chiffres du Ministère des Affaires Sociales, de milliers d’enfants vivent sans leurs parents biologiques et sont souvent pris en charge par des familles élargies ou des centres d’accueil.
Pourtant, des histoires de réussite émergent. À Cotonou, Rodrigue, aujourd’hui étudiant en droit, a grandi dans un orphelinat après avoir perdu ses parents à l’âge de 7 ans. «Ce n’était pas facile, mais j’ai rencontré des éducateurs qui ont cru en moi », raconte-t-il. Pour le sociologue Jerôme ADANSSI, « l’absence de parents crée une faille affective qui peut peser sur toute une vie. Il ne suffit pas de nourrir l’enfant, il faut l’entourer émotionnellement pour qu’il se construise sainement ». Les psychologues insistent sur l’importance du suivi émotionnel, souvent négligé au profit du soutien matériel.
Le gouvernement béninois a amorcé des réformes comme le renforcement de la protection de l’enfant, les campagnes de sensibilisation contre les violences et les abandons ainsi que la promotion de l’adoption légale. Mais les obstacles demeurent à savoir le manque de financement, la lourdeur administrative et la stigmatisation sociale. Pour Adélia, l’espoir réside dans l’éducation : « Si je retourne à l’école, je pourrai m’occuper de mes petits frères plus tard. » Comme elle, des milliers d’enfants attendent encore qu’une main bienveillante les aide à reconstruire leur avenir.
Beaucoup d’orphelins trouvent refuge dans la famille élargie mais pas toujours dans les meilleures conditions. « L’enfant devient souvent une main-d’œuvre domestique déguisée, sans réelle attention éducative », déplore Chantal TOUPE, assistante sociale. Les orphelinats, quant à eux, manquent souvent de moyens et sont confrontés à la surpopulation, à un manque de suivi psychologique et parfois, à une scolarisation chaotique. Pour éviter que l’orphelinat ne devienne une école de la rue, il faut multiplier les projets d’insertion. « Chaque enfant a besoin d’un adulte référent, pas seulement d’un toit », rappelle le sociologue.