Adoption au Bénin : entre cadre légal structuré et poids des tabous sociaux
Jadis considérée comme un sujet délicat, voire stigmatisé, l’adoption au Bénin se situe aujourd’hui à l’intersection entre exigences juridiques et traditions culturelles tenaces. Malgré un cadre légal structuré qui encadre strictement la procédure, les perceptions sociales et les préjugés persistent, entravant souvent le quotidien paisible de nombreuses familles adoptantes.
Si le Bénin dispose aujourd’hui d’un cadre juridique clair pour l’adoption, cette pratique demeure encore entourée de silence, de jugements et de réticences sociales. Entre procédures administratives strictes et pesanteurs socioculturelles, adopter un enfant au Bénin est un parcours semé d’embûches mais aussi d’espoir.
En effet, depuis plusieurs années, l’État béninois a renforcé le dispositif légal encadrant l’adoption. La loi n° 2015-08 relative au Code de l’enfant en République du Bénin encadre les modalités de l’adoption nationale et internationale avec pour objectif, de garantir la protection de l’enfant.
Le Bénin est également signataire de la Convention de La Haye qui assure un cadre éthique et transparent pour les adoptions internationales. Cependant, malgré cet arsenal juridique, l’adoption reste peu pratiquée au Bénin. Les démarches administratives, bien qu’encadrées, sont souvent longues et exigeantes. Pire encore, le véritable frein se trouve dans le regard des autres.
Depuis la loi n° 2015-08 du 8 décembre 2015, le Bénin a renforcé le dispositif légal sur la protection des enfants, incluant des dispositions spécifiques à l’adoption nationale et internationale. D’après Reine AKODE, assistante sociale intervenant dans les procédures d’adoption, « le défi, ce n’est pas la loi, mais l’accès à l’information et à l’accompagnement. Beaucoup de couples, surtout en milieu rural, ignorent même que l’adoption légale est possible. Ils passent souvent par des arrangements familiaux ou coutumiers, sans garanties pour l’enfant », se désole la spécialiste.
Le sociologue Parfait VIKOU apporte un éclairage important sur la dimension socioculturelle du sujet. « L’adoption entre en contradiction avec l’idéologie dominante de la filiation par le sang. Dans certaines régions du Bénin, la transmission du nom, du patrimoine et des valeurs est strictement liée au lien biologique.
Un enfant adopté peut être considéré comme un étranger même après des années », précise-t-il en rajoutant que « pourtant, les défis socio-économiques et les réalités de l’abandon d’enfants appellent à une révision de ces mentalités. Il faut sensibiliser à l’idée que la parentalité peut être une fonction sociale choisie et assumée, pas uniquement biologique ».
Carole, la quarantaine, employée dans une entreprise de gestion de déchets à Cotonou, partage son expérience. « J’ai toujours voulu être mère. Après plusieurs années d’attente et de tentatives médicales, j’ai fait le choix d’adopter. Le processus juridique a été long mais clair. Ce qui a été plus difficile, c’est l’acceptation sociale. On m’a dit que l’enfant ne serait jamais vraiment le mien.
Pourtant, pour moi, c’est ma fille, sans aucune ambiguïté. ». Même son de cloche chez Benoît, entrepreneur dans le Bénin profond. Après avoir adopté deux garçons orphelins à la suite d’une mission, il évoque une double satisfaction. « Je suis fier de les avoir sortis de la précarité.
Mais dans mon entourage, j’ai entendu dire que je mettais en danger mon héritage, que ces enfants allaient me trahir un jour parce qu’ils ne sont pas du sang. Je choisis de croire en l’éducation et en l’amour, pas en la fatalité ».
Ces témoignages anonymes montrent que, malgré les freins, il est possible d’ouvrir son cœur à un enfant qui n’est pas né de soi mais qui devient sien par la force de l’amour et de l’engagement. Face aux traditions et aux jugements, ces familles tracent une nouvelle voie, celle d’une parentalité assumée, choisie et profondément humaine.
Malgré les résistances, le regard sur l’adoption au Bénin tend à évoluer. Des campagnes de sensibilisation, la médiatisation de parcours inspirants et l’action d’acteurs sociaux contribuent à briser le silence autour du sujet. Les jeunes générations, plus ouvertes aux modèles familiaux alternatifs, pourraient porter ce changement à plus grande échelle.
L’adoption au Bénin reste alors un sujet à la fois intime et social, juridique et émotionnel. En attendant, chaque adoption reste un acte de foi, d’engagement et de courage, tant envers l’enfant que face à une société encore partagée entre traditions et modernité.